• Philippe Chevalier

Dans une chic banlieue d’une métropole du moyen orient

Après avoir franchi tous les sas de fouille et de sécurité de ses gardes du corps, rassemblés dans une villa au pied de l’immeuble, je profite des 11 secondes que me donne l’ascenseur jusqu’au 18e étage du penthouse de ma cible.


Je veux profiter de ces 11 secondes pour vivre pleinement les 3 entités qui m’habitent :


1 Ma légende de jeune naïf néo-bourgeois, nouille sympathique fasciné par l’orient et partisan timide de leur cause + ma couverture de représentant commercial européen prêt à contourner un embargo.


2 Ma mission de fonctionnaire dédié à la sécurité de l’État, concentré sur les 5 questions pour lesquelles ma cible doit me donner involontairement des réponses.


3 Et moi-même, qui doit quand même exister au milieu de tout ça.


L’infiltration ce n’est pas du théâtre, ce n’est pas un rôle que l’on tient deux heures sur scène, c’est une incarnation sans faille 7 jours sur 7, 24 heures sur 24 sur plusieurs semaines.

Pas d’autre arme que la cohérence, pas de meilleure protection que l’anticipation, et pas de résultats sans une curiosité bien disciplinée par un perpétuel calcul entre risques et enjeux.


En parlant d’armes, le petit point rouge apparent sous le levier de sécurité du pistolet chromé de son garde du corps me rassure. Il fait du show-off, tient son arme visible le long de son corps, l’ascenseur est programmé pour se rendre sans arrêt, il me sourit sûr de lui et je lui renvoie l’image d’un occidental baissant les yeux moyennement à l’aise. Et pourtant, moi je connais son nom, son histoire, sa famille, ses crimes, sa mentalité et sa fascination pour cette marque spécifique d’arme qui m’a permis de l’identifier. Lui, m’observe pour tenter de me connaître mais moi c’est déjà fait. Je sais qui tu es et je sais qui tu protèges, même si tu attends l’arrivée au 18e étage pour le dire et observer ma réaction.


Il reste 8 secondes. Dans l’ascenseur j’ai la bouche sèche à moitié ouverte (c’est parfait), mes jambes sont mal assurées (c’est parfait), peut être un peu pâle (parfait), un peu de sueur dans ma nuque (parfait), tous les indices d’inquiétude qu’aurait un occidental dans un pays où on peut être arrêté pour espionnage en tout temps et bousculé sérieusement dans une prison clandestine.


Par chance ce n’est pas de la simulation, ils peuvent faire de moi ce qu’ils veulent, alors je parais sincèrement mal à l’aise. Pourtant je ressens une autre sensation qui prend le dessus. Je ne sais pas ce que ressent un pompier qui monte la grande échelle pour aller confronter son ennemi du feu mais cela doit ressembler à ça :


Je suis bien préparé, volontaire, je sais quoi faire et ne pas faire, je me sens poussé dans le dos par la volonté de réussir, j’ai peur et raison d’avoir peur, mais quelque chose d’autre l’emporte. J’existe pour servir, et je vais servir. La peur d’échouer prend de l’avance sur la peur pour soi-même, un léger détachement émotionnel qui protège les muscles du risque de s’affaiblir.

La pire chose qui pourrait m’arriver serait de ne pas savoir quoi faire, mais je sais quoi faire et j’anticipe.


L’ascenseur s’arrête pour nous déposer dans un lobby privé, le garde du corps se tourne vers moi et m’annonce en bon français avec un sourire de plaisir : Vous ne saviez pas qui vous allez rencontrer, je vous le dis c’est __________________, il est curieux de vous voir, êtes-vous à l’aise?


J’ai une face stupéfaite (parfait), je ne dis rien sauf « mais heu… attendez heu…je ne savais pas heu… pourquoi heu…, enfin c’est un honneur heu…. » , il sourit de toute ses dents et ouvre la porte de la main gauche en m’invitant à entrer d’un large geste de la main droite englobant la culasse de son arme, il se relâche.


Je ressens un immense sentiment d’accomplissement et de confiance, un sentiment de succès inespéré, bref c’est un des plus beaux moments de ma vie professionnelle, je suis intérieurement en pleine possession de mes moyens, fier d’être parvenu à cette rencontre, prêt à opérer et derrière ma face apeurée se cache un goût de fierté et d’approche de la victoire.

Ma cible s’approche en me souriant, me souhaite la bienvenue, satisfait du pouvoir de son nom et de l’effet de surprise. Je serre cette main d’assassin qui a souvent tenu des MP 5, F92.


J’ai quelques longueurs d’avance sur lui, je sais qui il est et lui doit encore vérifier qui je suis, je sais ce que je cherche et lui ne le sait pas. J’existe car je sers et lui tente d’exister par la terreur. Je suis cohérent dans mon engagement et lui se cherche encore. Il peut m’interroger, j’ai de l’avance et je vais obtenir ce que ma mission exige.


Qu’est-ce qu’il y a dans ma tête ?


Je ne suis pas commando, ni policier, ni parachutiste des forces spéciales (loin s’en faut), mais je l’ai trouvé, il est en face de moi et je suis seul en contrôle, je vais réussir. Le renseignement offensif était ma voie pour servir. J’existe par la volonté de servir, c’est mon hormone énergisante qui surmonte ma peur.


Je ne sais pas à quoi tout cela va servir, mais je sais pourquoi je le fais, lui s’invente péniblement des causes pour justifier la violence terroriste qui lui donne un nom et une existence.


Ils sont armés, expérimentés et dangereux, arrogants et provocateurs. Je suis seul, pas impressionnant et désarmé, novice et apparemment envahit de stress, mais c’est moi qui domine car le fonctionnaire derrière la légende, lui est au travail, je sers, je suis engagé pour la bonne cause et cela me donne le souffle intérieur qui semble manquer au personnage intimidé que je leur présente.


Dans les professions d’engagement et de courage dans l’action exercé par tous ceux qui nous protègent, la peur est saine car elle permet d’être éveillé et vigilant, elle est donc nécessaire et familière, apprivoisée, presque réconfortante lorsqu’on la retrouve tellement elle fait partie du quotidien. Mais elle est surmontée par la volonté de servir.


Encore faut-il trouver sa voie pour exercer, je n’aurais jamais pu transposer cette volonté comme pompier ou swatt, tout simplement incapable d’affronter leurs situations et ce type de danger, mais le point commun est une flamme d’engagement pour une cause : protéger.


Dans cette rubrique je suis l’anti-héros, anti-sportif sans exploit, et je n’en reviens pas d’avoir un jour pu faire ma part. Il faut encore que j’explore ce qui m’a permis dans un autre siècle (le XXe je vous rassure) de monter en première ligne, face à l’adversaire.


Mes souvenirs sont sélectifs car on ne se souvient de rien, on ne se souvient pas de la réalité mais seulement des souvenirs.


Dans la culture du renseignement, seuls les échecs finissent par être connus du public. Les succès demeurent secrets pour longtemps, même après la levée du secret défense.


SarX se veut engager pour la cause, par exemple la vôtre si elle est juste et nous rejoints, SarX rassemble des hommes et des femmes d’expériences habités par des valeurs justes et rassemble aussi des jeunes qui les incarnent.


Merci à Landry Richard dont le livre « Dans la tête de ceux qui nous protègent »

a mis en lumière les motivations profondes des hommes et des femmes apparemment ordinaires qui font des choses extraordinaires.


Tél: 1.438.497.8426

10050, Place de l'Acadie, Montréal QC H4N 0C8

INV 20048884

SarX Service, Action, Renseignement inc.